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Politique nationale

Référendum 2005 ou la victoire d'un Oui Stratégique

05/12/2005

Par Ben-Clet

POLITIQUE NATIONALE

Les tendances du moment laissent entrevoir le triomphe du Oui par défaut au référendum constitutionnel du 18 décembre 2005. Un Oui «stratégique» plutôt arraché aux citoyens que consenti par eux sous forme d’un contrat d’avenir pour le meilleur et pour le pire.

Pour ou contre le projet de Constitution de la 3ème République? C’est ce que révélera l’issue du référendum annoncé pour le 18 décembre. En attendant le jour J, la campagne d’explication et de persuasion a officiellement démarré le 2 décembre par le biais des médias et à travers des meetings politiques.

La bataille semble épique, tant les défenseurs du Oui et les tenants du Non rivalisent d’arguments pour convaincre. Le malheur fait que, même dans la capitale du pays, 8 personnes sur 10 avouent n’avoir jamais vu ou lu le projet de ladite Constitution. Quelles seraient les proportions dans les villages de brousse à ce propos ? Une catastrophe.

Il n’empêche qu’en 45 ans d’indépendance, qui riment avec la soif de la démocratie, les Congolais, dans leur immense majorité, et pour diverses raisons, se rendront cette fois aux urnes pour … remplir leur devoir civique, «sans trop savoir pourquoi ils auront voté Oui». Cette lacune fait porter à la Commission électorale indépendante, maître d’œuvre, la responsabilité d’avoir opté pour une diffusion confidentielle du document de travail appelé Projet de Constitution.

Comme on le pressent, le résultat du dépouillement des urnes, au soir du 18 décembre, jour de la consultation, ne créera pas de suspense. Au contraire, ceux qui seraient étonnés ne sont autres que les organisateurs du scrutin. Ils seront surpris par la courte victoire, mais victoire quand même, des partisans du Oui.

Comment expliquer le paradoxe entre la victoire du «Oui… mais» et l’ignorance du contenu du texte constitutionnel? Plusieurs hypothèses s’entrechoquent. Dans les campagnes, on peut attribuer le succès du Oui aux manipulations propagandistes de dernière minute ; à la peur des représailles (policières ou politiques) au cas où l’électeur serait identifié comme partisan du Non ; au désir de sanctionner le pouvoir prédateur et égoïste venu de Sun City.

LE OUI, NI TOTAL NI DESINTERESSE

Quant aux élites des milieux urbains, celles qui ont obtenu le privilège de feuilleter ou de commenter le projet de Constitution, les motivations sont plus objectives. En tout premier lieu, ces citoyens entendent mettre un terme à la constitution de la transition qui a mis le pays en coupe réglée au profit exclusif des ex-belligérants. Ce faisant, ils accèdent à leur exigence d’avant le 30 juin 2005, à savoir la fin du schéma 1+4 et de la crise de légitimité.

En second lieu, pour peu qu’ils aient assisté ou suivi les débats autour du projet de Constitution, les cadres instruits défendent le Oui au référendum avec l’espoir de contribuer à l’émergence d’une nouvelle classe politique, visionnaire et porteuse d’espoir pour le peuple. Ils voient, dans ce renouvellement, d’autres avantages, notamment la reconquête de la souveraineté, l’introduction graduée de la gestion du pays selon le modèle fédéral, la fin du règne de l’impunité.

Le triomphe du «oui…mais» peut trouver d’autres justifications. D’un côté, ses partisans reprochent aux législateurs de la transition d’avoir élaboré un projet de Constitution personnalisé dans certains de ses aspects, afin de faire plaisir aux acteurs politiques au pouvoir, au détriment des critères universellement admis. De l’autre, ils pensent leur faire payer cette légèreté en votant Oui, quitte aux députés élus d’y apporter des amendements, au lendemain de leur entrée en fonction après juin 2006.

Ceci expliquant cela, le oui au référendum ne sera ni total ni désintéressé. Il est tout simplement stratégique. Tous ses défenseurs, et ceux qui adhéreront à leur thèse, veulent d’abord en finir avec la logique des Composantes et le diktat des ex-belligérants. Ils veulent ensuite confier aux députés élus la tâche de corriger la Constitution votée par les députés autoproclamés, de la conformer à la culture et aux aspirations du peuple congolais. Le but ultime est d’élaguer rapidement la loi fondamentale des interférences extérieures inopportunes - européennes en particulier - qui ont plané sur son élaboration au Palais du peuple.

Droits de reproduction et de diffusion réservés © Le Potentiel 2005

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